Espace urbain

La pratique de l’art dans l’espace urbain, à partir de situations urbaines, ou même en « contre-addiction » au fait urbain, correspond d’abord à l’exercice de la liberté en société, sans indifférence aux soubresauts des actualités. Avec par définition un large éventail de possibilités, des plus discrètes aux plus en prise avec le territoire, des plus utopiques aux plus concrètes, des plus poétiques aux plus pragmatiques, souvent dans des agencements qui sont fonction de ces différents registres, articulés pour atteindre les objectifs en les dépassant. L’atelier d’Espace urbain est sans doute trans- ou pluri-disciplinaire au sens théorique mais il l’est surtout dans la diversité de ses pratiques — art de concevoir, art de faire, art de dire, art de montrer, … — avec toujours l’exigence de chercher la cohérence de la démarche, l’adéquation des moyens aux intentions, avec en ligne de mire l’éveil des sens, la réflexion vibrante et la magie des perceptions motivées, avec aussi des exigences sociales, politiques, environnementales, le sens des responsabilités dans le plaisir de faire…

Le programme prévoit une inversion progressive de la quantité d’exercices et de projets libres : beaucoup de travaux ciblés en début de Bachelor, vaste champ de recherche et d’expérimentation en Master (dont le travail de fin d’études est doublé d’un mémoire). Le trajet passe par des apprentissages calibrés à l’atelier technique, la représentation de l’espace-temps, l’approche physique et médiatique de l’espace urbain, la réflexion sur l’art public, au travers de modules, workshops, projets thématiques, visites et rencontres. Il comporte toujours le souci de prendre du recul et la volonté donner accès au travail en cours pour qu’il passe la rampe, en allant à l’essentiel, en restant lucide par rapport au marché de l’art et aux impératifs de la communication, mais en intégrant pleinement l’exposition comme modalité. C’est un processus précis et ouvert au sein duquel le Bachelor sert à construire des bases et des envies, puis le Master à déployer une action par la concrétisation de désirs généreux, avec corrélation de l’autonomie du langage et de l’hétérotopie du propos.

En espace urbain, on fait par exemple du dessin, du texte, du repérage, de la photographie et de la vidéo, on réalise des portfolios, des affiches, parfois les livres, on noircit des carnets ou bien on les colorie ou les deux, on fait des collages, des objets, on réalise des maquettes, parfois des plans, des cartes, du mind mapping, on relie atelier technique et atelier d’art numérique, on explore la bibliothèque et on scrute les infos, on lit des livres pour les relire, on organise des tournages et des montages, des installations, donc des projections, de fréquents exercices d’accrochage, de mise en espace, on construit des structures, on peint des parois et on dépeint des terrains de jeu, on taille des masses, on assemble des mots et des choses, on met en forme des archives, des synopsis et des mémoires, pour apprendre à étayer puis à défendre une proposition, à obtenir une aide logistique ou autre, on explore La Cambre dans le monde ou l’école comme ressources humaines et comme champ technique où tisser, tresser, amalgamer les éléments d’approche des projets, on stimule les nécessités d’agir, l’esprit d’initiative, les entreprises qui obéissent à des impératifs intimes, on défait l’ennui mais on respecte le doute, on range l’atelier parfois, souvent, même chaque soir, sans craindre l’idée de chantier, en connaissant l’utilité du bazar dans certains cas, on est conscient que chaque heure est précieuse, que refaire n’est pas perdre du temps et que l’anticipation est le plus beau des outils, on fait des séjours au Studiolo, on travaille in situ ou ex situ ou after, on prépare des situations hors école pour s’y manifester, pour y intervenir ou pour en tirer des images, pour y prélever des traces, pour y noter des signes, des indices ou des preuves, on investit des lieux, des situations, des zones d’indétermination, on examine comment l’urbain bouge et mute, on associe la parole, l’écoute et le geste, on aime les matériaux et leurs mises en œuvre, on travaille les informations, on n’ajoute pas « au malheur du monde » en nommant mal les choses, on installe des relations inédites, on déploie les affinités du corps, on fabrique, on expose, on prend part à des concours, à des appels à projets, on joue individuel et/ou collectif, on déplie les énigmes intérieures, les sensations, les cheminements singuliers, on simule, on prototype, on teste, on affine les techniques de perception, de capture, de transfert, on forge des concepts avec ou sans second degré, on voit beaucoup, ici ou ailleurs, on échange, on partage, on négocie, tout ça les idées claires – ou assumées si pas encore claires - et le sens critique affuté, on manie des références investies et des complicités ouvertes avec l’histoire de l’art, même en train de se faire, avec le monde comme il va, on décrypte des enjeux complexes en sondant les apparences sans craindre le saut dans l’invisible, on spécule sur les allers et retours entre actuel et virtuel, on décode le web, on déjoue anachronismes et anatopismes ou en en joue !, on apprend à voir de quoi est fait le contexte, ce qui le trame, ce qui en fait la chair, ce qui s’y love ou s’y cache en sachant ce que palimpseste veut dire, on élabore des récits, on échafaude des fictions qui deviennent réalité, on sait que la pensée est nomade et que l’inconnu est partout, on mène des recherches inlassables, patientes, sans a priori mais avec de la suite dans les idées, on injecte une dose d’« autrisme » pour déclencher des réactions, pour activer des potentiels, pour révéler des images latentes ou des histoires fertiles en échappées, on ne recule devant aucune difficulté, on entre partout mais en intelligence avec des interlocuteurs privilégiés, on manie les échelles et les mesures, les représentations et les démesures, on va au bout des rêves, au fond des choses, on suit son intuition en sachant pertinemment que seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin, on condense ses convictions pour qu’elles interpellent…

www.espaceurbain.be

Coordination pédagogique :
Raymond Balau, architecte, auteur et critique

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Espace urbain 1
Eliott Kervyn, Master, Garage Sale, 2016
Espace urbain 2
Lodewijk Heylen, Master, Concrete Evidence : 1m (Kemzeke), 2013
Espace urbain 3
Marc-Aurèle Girardin, Master, Coffee Table Book, 2017
Espace urbain 4
Maria Vaiedelich, Master, Panorama Park, 2011
Espace urbain 5
Pierre Lizin, Master, Censure, 2011