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Matières en partage

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ESPACE INTERGÉNÉRATIONNEL – ATELIER DESSIN

Dans l’économie souvent pressée des images contemporaines, certaines expériences prennent le temps de suspendre le regard — et, ce faisant, déplacent les lignes mêmes de la création. À l’atelier de Dessin de La Cambre, un tel déplacement s’est opéré, non pas dans la solitude de l’artiste face à sa feuille, mais dans l’espace fragile et fertile de la rencontre.

Rien, en effet, n’était prémédité. De la disparition d’un cadre académique attendu est née une hypothèse : celle d’un atelier où l’altérité ne serait plus un sujet, mais une condition. En conviant des senior·e·s de la commune d’Ixelles à partager le temps long du dessin avec les étudiant·e·s, le projet a instauré une situation presque archaïque — au sens noble : celle du faire ensemble, du geste transmis, déplacé, parfois contrarié.

Ce qui s’y est joué dépasse la simple collaboration. Il s’agit d’un apprentissage de l’attention. À l’autre, d’abord — à son rythme, à ses silences, à ses résistances. À la matière, ensuite — qu’elle prenne la forme d’un fragment d’écorce, d’un souvenir consigné sur une carte postale, d’un motif textile ou d’un flux imaginaire. Chaque duo a inventé sa propre grammaire, souvent hésitante, parfois dissonante, mais toujours habitée.

De ces quinze semaines de travail émergent des formes qui ne relèvent ni tout à fait de l’œuvre, ni tout à fait du témoignage, mais d’un entre-deux rare : une pensée en train de se faire. Ici, l’écorce devient métaphore de l’intime et du visible ; là, une vague scélérate condense la fascination et la menace ; ailleurs, une correspondance oubliée convoque les spectres d’une mémoire lacunaire. Chaque proposition engage une manière d’être au monde, tissée dans le dialogue.

Ce qui frappe, peut-être, c’est la manière dont ces pratiques hétérogènes composent un paysage commun sans jamais s’uniformiser. Le dessin y est moins une discipline qu’un territoire poreux, ouvert aux contaminations — de l’écriture, du son, du corps, du vivant. À rebours d’une logique de maîtrise, les participant·e·s ont accepté l’incertitude comme méthode, l’erreur comme ressource, l’autre comme condition de possibilité.

Dans un contexte où les générations tendent à se juxtaposer plus qu’à se rencontrer, cette expérience rappelle avec une acuité presque politique que la création peut être un lieu d’hospitalité. Non pas un refuge, mais un seuil : celui où l’on consent à ne plus savoir seul.

Les œuvres présentées aujourd’hui ne sont pas tant l’aboutissement d’un projet que les traces sensibles d’un processus partagé. Elles témoignent d’une lente élaboration — faite d’ajustements, de renoncements, de surgissements — par laquelle des individualités se sont risquées à devenir relation.

Peut-être est-ce là, finalement, que réside l’enjeu le plus précieux de cet atelier : dans cette capacité à faire advenir, au cœur même de la pratique artistique, une forme de communauté provisoire — attentive, vulnérable, et profondément vivante.

Exposition à la Chapelle de Boondael du 7 au 10 avril 2026
Vernissage le 7 avril 2026 de 18 à 21 heures


Avec
Les senior·e·s d'Ixelles
Christine Denoël, Francine D’Hulst, Monique Coos, Christine Gusek, Francine Marot, Lydia Martens, Anne Parent, Michèle Roose, Chantal Soumoy, Clémentine Sungu, Dominique Thomas, Camille Verschelden.
Marie Lemaire (graphiste, accompagne l’équipe pédagogique dans le suivi des groupes et prend en charge le graphisme du projet)
Pascal Capelle (responsable de la cellule Senior, soutien à l’organisation du projet).

Les étudiant·e·x·s de l'atelier Dessin
Nizar Boukroun, Tifenn Capaldi, Tristan Diederich, Camille Gloux-Frenkiel, Augusta Herbiet, Mona Raharinosy, Armand Reynaud, Adèle Simonet, Jeanne Thiebaut, Irène Van Rompay, Noémi Vossenrich.

Le corps enseignant
Aleksandra Chaushova (artiste, docteure en Art, professeure à l’atelier de Dessin), Léonore Frenois (artiste doctorante, accompagne le projet), Manu Tête (artiste, professeur à l’atelier de Dessin), Catherine Warmoes (artiste, professeure, responsable de l’atelier de Dessin, organisatrice et coordinatrice du projet).



Projet à l’initiative de Romain de Reusme, Bourgmestre, Jacques de Jonghe d’Ardoye, Échevin des Seniors, Gautier Calomne, Premier Échevin en charge de l’Enseignement et de la Culture et des membres du Collège des Bourgmestre et Échevins d’Ixelles.